Le premier combat d'Avowed, c'est contre ses propres promesses. Annoncé en 2020 comme "le premier grand RPG next-gen d'Obsidian", le jeu débarque après cinq années de développement, un passage chez Xbox Game Studios et une attente alimentée par des extraits de gameplay soigneusement chorégraphiés. Le pitch ? Un univers fantasy — les Terres Vivantes — où tu incarnes un envoyé de l'empire d'Aedyr chargé d'enquêter sur une mystérieuse épidémie de peste qui transforme les habitants en végétaux. Accrocheur. Mais derrière l'affiche, qu'est-ce qui se cache vraiment ?
Obsidian n'est plus un petit studio indépendant. Depuis le rachat par Microsoft en 2018, les attentes ont changé. L'époque où le studio enchaînait les RPG cultes au budget modeste (Pillars of Eternity, Tyranny) est révolue. Aujourd'hui, Avowed doit prouver qu'Obsidian peut jouer dans la cour des AAA sans renier son ADN : choix narratifs qui comptent, systèmes de jeu profonds, écriture ciselée. Et si le résultat est honorable, il n'atteint pas toujours la cible.
On va être honnête : Avowed est un bon jeu. Mais est-ce le RPG qui manquait à la Xbox Series X ? Pas tout à fait. L'équilibre entre ambition et réalité est précaire, et certaines promesses restent en rade. Voici notre analyse, sans fard.
En bref
- Un monde ouvert qui manque de vie : les Terres Vivantes sont belles mais peuplées de quêtes génériques et d'ennemis répétitifs.
- Des combats nerveux mais limités : le système de combat est fluide, mais la variété des ennemis et des builds est décevante.
- Une narration solide mais inégale : l'histoire principale tient la route, mais les choix ont moins d'impact qu'annoncé.
- Direction artistique réussie : les environnements sont superbes, portés par un moteur maison qui tourne bien (30 fps sur Series S, 60 sur Series X).
- Durée de vie honnête : comptez 25-30 heures pour la quête principale, 50-60 pour le 100%.

Les Terres Vivantes : un décor de carte postale sans âme
Le premier choc en lançant Avowed, c'est la beauté des environnements. Les Terres Vivantes sont un festival de couleurs : forêts luminescentes, ruines antiques couvertes de mousse, cités flottantes. La direction artistique est clairement le point fort du jeu, avec un style qui rappelle à la fois The Legend of Zelda: Breath of the Wild et les peintures de fantasy classique.
Mais très vite, le décor sonne creux. Les Terres Vivantes sont grandes — très grandes — mais vides. Les PNJ sont peu nombreux, leurs dialogues souvent répétitifs, et les quêtes secondaires se résument trop souvent à "va tuer X monstres" ou "rapporte Y objet". On est loin de la densité narrative d'un The Witcher 3 ou même d'un Fallout: New Vegas.

Level design : des couloirs déguisés en monde ouvert
Le level design d'Avowed est un paradoxe. Les zones sont vastes, mais souvent structurées comme des couloirs : une entrée, un chemin principal, quelques embranchements menant à des coffres ou des ennemis. Pas de vraie verticalité, peu de chemins alternatifs. On progresse d'un point A à un point B, même si le décor est magnifique.
C'est là qu'on sent les contraintes budgétaires et techniques. Obsidian a dû faire des choix, et la densité du monde en a pâti. Les donjons sont eux aussi linéaires, avec des énigmes basiques (pousser des blocs, activer des leviers) qui ne marquent pas les esprits.
Combats : nerveux mais limités
À lire aussi : Avowed : Obsidian livre-t-il le RPG qu'on attendait ou une énième promesse en…. Le système de combat d'Avowed est l'une de ses meilleures surprises. Obsidian a clairement mis l'accent sur l'action : les affrontements sont rapides, les coups d'épée percutants, les sorts visuellement impressionnants. Le jeu permet de combiner armes de mêlée, magie et attaques à distance avec une fluidité rare dans un RPG.
Tu peux par exemple lancer une boule de feu, enchaîner avec une attaque d'épée, puis finir par une flèche dans le genou. Le système de "stagger" (déstabilisation) ajoute une couche tactique : chaque ennemi a une jauge de posture qui, une fois brisée, le rend vulnérable à une attaque dévastatrice.

Le problème de la variété
Là où le bât blesse, c'est la variété des ennemis et des builds. On croise à peine une dizaine de types d'ennemis différents, déclinés en plusieurs couleurs pour simuler de la difficulté. Les boss sont peu nombreux et leurs patterns se répètent vite.
Côté builds, les possibilités sont vastes sur le papier, mais en pratique, certaines options sont clairement moins viables. Le build "pur mêlée" est largement dominant, tandis que le "pur mage" souffre de temps de recharge trop longs et d'une fragilité excessive. Résultat : on finit souvent par jouer un hybride bourrin, ce qui réduit la rejouabilité.
Narration : l'obsession du choix
Si Avowed est un RPG, c'est d'abord par sa narration. Obsidian a construit un lore dense, hérité de l'univers de Pillars of Eternity, avec des factions, des dieux et des conflits politiques. L'histoire principale suit une trame classique mais efficace : enquêter sur la peste, découvrir un complot, faire des choix qui influencent le destin des Terres Vivantes.
Les dialogues sont bien écrits, avec des options de réponse qui semblent promettre des conséquences lourdes. Sauf que… trop souvent, ces choix n'ont qu'un impact cosmétique. Tu peux menacer un PNJ, il te répondra de la même façon. Tu peux trahir une faction, elle t'ignorera trois quêtes plus tard. C'est frustrant, car Obsidian nous avait habitués à mieux.
"Nous voulions que chaque décision soit lourde de sens, même les plus anodines." — Carrie Patel, directrice narrative d'Obsidian, dans une interview pour Xbox Wire.
La réalité est moins glorieuse. Les conséquences sont souvent différées ou diluées. Un choix qui aurait dû fermer une quête entière se résume à une ligne de dialogue différente dans le générique de fin. On sent que le studio a dû couper dans les embranchements pour respecter les délais.

Des personnages inégaux
Les compagnons qui t'accompagnent sont un autre point faible. Ils sont au nombre de trois, avec des personnalités stéréotypées : le guerrier bourru, la mage mystérieuse, le voleur cynique. Leurs quêtes personnelles sont correctes, mais leur présence en combat est quasi nulle : ils ne font que peu de dégâts et meurent souvent au premier assaut. On finit par les ignorer.
Direction artistique et technique : le grand écart
À lire aussi : Super Smash Bros. Ultimate : 7 ans après, toujours le roi du crossover ?. Graphiquement, Avowed est un régal. Les effets de lumière, les textures, les animations faciales (pour les personnages principaux) sont du niveau des meilleurs AAA. Le moteur maison d'Obsidian, le même que celui de The Outer Worlds, a été poussé dans ses retranchements : les environnements sont détaillés, les sorts illuminent la scène, et le tout tourne à 60 fps sur Xbox Series X et PC.
Sur Series S, le mode qualité plafonne à 30 fps, ce qui est acceptable pour un RPG, mais un peu décevant quand on voit ce que d'autres jeux arrivent à faire sur la petite Xbox. Les temps de chargement sont rapides (environ 5 secondes), mais les rares bugs rencontrés (PNJ coincés, quêtes qui ne se lancent pas) rappellent qu'Obsidian n'est pas à l'abri des soucis techniques.
| Version | Résolution | Framerate | Qualité graphique |
|---|---|---|---|
| Xbox Series X | 1440p-1800p | 60 fps | Élevée |
| Xbox Series S | 1080p | 30 fps | Moyenne |
| PC (config recommandée) | 4K | 60+ fps | Ultra |
Comparatif avec les autres RPG du moment
| Jeu | Monde ouvert | Combats | Narration | Durée de vie |
|---|---|---|---|---|
| Avowed | Oui, 15 km² | Action/RPG | Linéaire avec choix | 25-30h (principale) |
| The Elder Scrolls V: Skyrim | Oui, 37 km² | Action/RPG | Libre | 30-40h (principale) |
| The Witcher 3: Wild Hunt | Oui, 136 km² | Action/RPG | Très ramifiée | 50-60h (principale) |
| Baldur's Gate 3 | Semi-ouvert | Tour par tour | Très ramifiée | 75-100h |

Notre analyse
Avowed est un bon RPG, mais il souffre de la comparaison avec les géants du genre. Obsidian a voulu faire un jeu accessible, moins dense que ses précédents titres, pour toucher un public plus large. Le résultat est un jeu qui plaira aux joueurs qui découvrent le genre, mais qui laissera sur leur faim les vétérans en quête de profondeur. Le studio a misé sur la direction artistique et les combats, au détriment de la narration et de la richesse du monde. C'est un pari risqué, qui divise.
Le problème du "Elder Scrolls killer"
Depuis son annonce, Avowed est comparé à The Elder Scrolls V: Skyrim, référence absolue du RPG en monde ouvert. C'est un piège. Avowed n'est pas un "Skyrim killer", et il ne cherche pas à l'être. C'est un RPG plus linéaire, plus orienté action, avec une narration plus cadrée. Mais en se présentant comme un "grand RPG next-gen", Obsidian a alimenté des attentes irréalistes.
Le jeu est plus proche d'un The Outer Worlds amélioré que d'un Elder Scrolls. Si tu aimes les RPG à la première personne avec des combats dynamiques et un lore solide, tu y trouveras ton compte. Si tu cherches un monde ouvert foisonnant de quêtes organiques et de choix lourds de conséquences, passe ton chemin.
Du côté des récompenses, Avowed n'a pour l'instant reçu aucune nomination aux Game Awards ou aux BAFTA, mais le jeu pourrait prétendre à des distinctions dans les catégories RPG ou direction artistique lors des prochaines cérémonies. Concernant la feuille de route, Obsidian n'a pas encore officialisé de DLC ou d'extension, mais le studio a confirmé que des patchs post-lancement sont prévus pour améliorer l'expérience. Selon les informations officielles disponibles, aucune roadmap détaillée n'a été communiquée à ce stade.

Conclusion
Avowed est un bon jeu, mais pas le chef-d'œuvre attendu. Obsidian prouve qu'il sait encore faire des RPG solides, avec une direction artistique magnifique et un système de combat plaisant. Mais le monde ouvert manque de densité, les choix narratifs sont trop souvent cosmétiques, et la durée de vie reste modeste pour un RPG.
Si tu es abonné au Game Pass, fonce : Avowed est une excellente découverte qui te tiendra occupé une cinquantaine d'heures. Si tu dois l'acheter plein pot, réfléchis : à 70€, la concurrence (Elden Ring, Baldur's Gate 3, Cyberpunk 2077) offre des expériences plus riches et plus durables. Obsidian a visé juste, mais pas assez haut.
"Avowed est un RPG solide qui remplit son contrat, mais qui n'atteint pas les sommets espérés. Obsidian livre un bon jeu, pas un classique."




