Tu te souviens de décembre 2020 ? Moi oui. J'avais pris trois jours de congés, installé le patch day-one sur ma config haut de gamme, et lancé le jeu. Dix minutes plus tard, un T-posing de Jackie Welles flottait dans les airs pendant qu'une voiture traversait le sol. Bienvenue à Night City.
C'était le début de la saga la plus tumultueuse de l'histoire du jeu vidéo récent. Un lancement tellement catastrophique que Sony a retiré le jeu du PlayStation Store — du jamais-vu pour un AAA de cette envergure. CD Projekt Red, le studio polonais adulé pour The Witcher 3, est passé en quelques jours du statut de chouchou de l'industrie à celui de paria.
Mais voilà : quatre ans, une extension monumentale et des centaines de gigaoctets de patches plus tard, Cyberpunk 2077 (/jeux/cyberpunk-2077) est un jeu transformé. Les bugs les plus grotesques ont disparu. Phantom Liberty a ajouté une narration digne de The Witcher. La question n'est plus "est-ce que ça marche ?" mais "est-ce que ça vaut le coup aujourd'hui ?" La réponse, comme souvent, est nuancée.
En bref
- Rédemption technique presque totale : les bugs majeurs sont corrigés, le jeu tourne correctement sur PC et consoles current-gen.
- Phantom Liberty, un DLC indispensable : une narration digne de The Witcher 3, des personnages mémorables, une nouvelle zone dense.
- Gameplay amélioré mais pas révolutionnaire : les arbres de compétences revus apportent plus de variété, mais les gunfights restent en deçà d'un véritable FPS.
- Night City, toujours aussi belle et creuse : la ville est un prodige technique, mais les interactions avec le monde manquent de profondeur.
- Choix narratifs : l'illusion du choix : beaucoup de décisions n'ont pas d'impact réel sur l'histoire principale, un problème récurrent chez CD Projekt.
- Optimisation encore inégale : même sur les meilleures configurations, des chutes de framerate persistent dans les zones denses.

Night City : le plus beau décor de jeu vidéo… et le plus vide
Commençons par l'évidence : visuellement, Cyberpunk 2077 est un choc. Même en 2025, peu de jeux rivalisent avec la densité et la cohérence artistique de Night City. Les néons, les gratte-ciel, les rues grouillantes de monde : chaque quartier a sa propre identité, de la pacotille tape-à-l'œil de Watson aux tours aseptisées de City Center. C'est un exploit technique, et CD Projekt peut en être fier.

Mais une fois que tu as fini de t'extasier devant le ray tracing et les reflets, le constat est moins glorieux : Night City est une coquille vide. Les PNJ sont des automates qui répètent les mêmes phrases, les magasins sont des interfaces sans âme, et les activités secondaires se limitent à des courses de voitures, des bastons de rue et des contrats de mercenaire. Rien qui ne crée une véritable vie dans cette ville.
Le problème est connu : le monde ouvert de CD Projekt est un catalogue de points d'intérêt, pas un écosystème. On acceptait ça dans The Witcher 3 parce que l'univers médiéval fantastique justifiait un certain vide. Mais dans une mégapole futuriste hyperconnectée, l'absence de vie organique est un défaut rédhibitoire.
Gameplay : le couteau suisse qui ne coupe pas toujours
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Le système de progression a été entièrement revu avec la mise à jour 2.0. Fini les compétences passives planquées dans des menus obscurs : place à un arbre de compétences clair, avec des perks qui changent réellement la façon de jouer. Tu veux un V netrunner ? Investis dans l'intelligence. Un solo bourrin ? Le corps et les réflexes sont tes amis. Les builds sont désormais viables et distincts.

Les gunfights restent toutefois le maillon faible. Les armes manquent de punch, les ennemis encaissent les balles comme des éponges, et l'IA est d'une stupidité confondante. Les combats au corps-à-corps, avec les katanas et les gorilles arms, sont plus satisfaisants mais restent loin de la fluidité d'un jeu comme Sekiro. On sent que CD Projekt n'a jamais fait de FPS avant, et ça se voit.
Les améliorations qui changent tout
- Cyberware revu : les implants ne sont plus de simples bonus passifs. Chaque pièce modifie ton style de jeu (lames rétractables, camouflage optique, double saut).
- Conduite retravaillée : les voitures ont enfin un poids. La conduite n'est pas encore au niveau d'un Forza, mais elle est devenue jouable.
- Système de police : fini les flics qui spawn derrière toi. La GTA-like a été implémentée, avec des niveaux de recherche progressifs.
"On a passé des années à écouter la communauté. La 2.0, c'est notre façon de dire merci." — Déclaration de Paweł Sasko, quest director, lors du livestream officiel CD Projekt Red du 21 septembre 2023.
Phantom Liberty : le DLC qui aurait dû être le jeu de base
Parlons de l'éléphant dans la pièce : Phantom Liberty. Cette extension, sortie en septembre 2023, est tout simplement ce que Cyberpunk 2077 aurait dû être dès le départ. Une narration ramassée, des personnages complexes, des choix qui pèsent vraiment. L'histoire, centrée sur un réseau d'espions et la mystérieuse agent Solomon Reed (interprété par Idris Elba), tient en haleine pendant une quinzaine d'heures. C'est du CD Projekt au sommet de son art : des dialogues ciselés, des dilemmes moraux, et une conclusion qui laisse KO.
La nouvelle zone, Dogtown, est un concentré de ce que Night City devrait être : dense, verticale, dangereuse. Chaque recoin cache un secret, chaque mission secondaire a une histoire à raconter. C'est le meilleur contenu produit par le studio depuis The Witcher 3.

Le problème Phantom Liberty
Mais Phantom Liberty pose aussi une question gênante : pourquoi le jeu de base n'est-il pas à ce niveau ? Si CD Projekt savait faire une narration aussi tendue, pourquoi l'histoire principale de Cyberpunk 2077 est-elle si brouillonne ? La réponse tient probablement au développement chaotique : le jeu de base a été écrit et réécrit plusieurs fois, avec des changements de direction majeurs. Phantom Liberty, lui, a bénéficié d'une vision claire et de quatre ans de recul.
"Je ne voulais pas qu'un jeu. Je voulais une déclaration." — Citation de Johnny Silverhand, interprété par Keanu Reeves, dans la bande-annonce officielle E3 2019.
La promesse de 2019 était immense : un RPG totalement libre, où chaque choix compte, où l'histoire se plie à tes décisions. La réalité est plus modeste. Les grandes décisions sont rares et souvent cantonées aux missions principales. Les quêtes secondaires, si elles sont bien écrites, n'ont que peu d'impact sur le monde. On est loin du "vos choix changent tout" promis.
Technique : la rédemption par les patches
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C'est le chapitre le plus connu de l'histoire de Cyberpunk 2077. Le jeu sort en décembre 2020 dans un état indigne : bugs visuels, crashes, performances catastrophiques sur consoles last-gen. CD Projekt passe les mois suivants à éteindre les incendies. Patch après patch, le jeu devient jouable. La version 1.5 (2022) apporte les premières améliorations notables. La 2.0 (2023) refond le gameplay. Phantom Liberty ajoute un polish technique exemplaire.

Aujourd'hui, le jeu tourne bien sur PC milieu de gamme (RTX 3060, 16 Go RAM) et sur consoles PS5/Xbox Series. Les bugs les plus gênants ont disparu. On croise encore quelques anomalies (un PNJ qui marche dans un mur, une voiture qui fait du bruit étrange), mais rien de rédhibitoire. C'est une rédemption technique indéniable.
Ce qui cloche encore
- Performance en zones denses : même sur RTX 4090, le marché de Watson fait chuter le framerate sous les 60 FPS avec ray tracing activé.
- Temps de chargement : ils se sont améliorés, mais restent longs comparés à des concurrents comme Spider-Man 2 (Insomniac Games, 2023).
- Sauvegardes corrompues : un problème rare mais signalé, surtout sur les longues sessions (source : forums officiels CD Projekt Red).
Notre analyse
CD Projekt Red a fait ce qu'aucun studio n'avait fait avant : transformer un désastre commercial en un jeu respecté. C'est un exploit. Mais il ne faut pas confondre rédemption et chef-d'œuvre. Cyberpunk 2077 est aujourd'hui un bon RPG, parfois très bon, mais pas le révolutionnaire annoncé. La narration de Phantom Liberty est excellente, mais le monde ouvert reste un décor. Les choix narratifs sont mieux intégrés, mais l'illusion du choix persiste.
Le studio a appris de ses erreurs : le développement de The Witcher 4 et du prochain Cyberpunk (nom de code Orion) est mené avec plus de transparence et de prudence. Mais le mal est fait : la confiance est entamée. On attendra de voir les premiers gameplay avant de s'enthousiasmer.

Conclusion
Cyberpunk 2077 est un cas d'école. Un lancement catastrophique, une rédemption technique exemplaire, un DLC somptueux, mais des promesses initiales jamais totalement tenues. Si tu passes outre le passif et que tu cherches un bon RPG d'action avec une ambiance unique, fonce. Mais si tu espères le jeu qui change tout, repose-toi. Night City est belle, mais elle reste une ville de façade.
L'avenir de la licence s'annonce prometteur : CD Projekt a annoncé un nouveau titre Cyberpunk (nom de code Orion) en pré-production, avec Unreal Engine 5 (source : communiqué officiel CD Projekt Group, octobre 2022). Peut-être que cette fois, la promesse sera tenue. On attendra de voir. Et cette fois, on ne précommandera pas.
Tableau comparatif : versions 1.0 vs 2.0 + Phantom Liberty
| Aspect | Version 1.0 (2020) | Version 2.0 + PL (2023) |
|---|---|---|
| Stabilité | Bugs fréquents, crashes | Stable, rares bugs mineurs |
| Gameplay | Arbres confus, perks inutiles | Builds variés, cyberware impactant |
| Narration | Histoire principale brouillonne, quêtes inégales | Récit tendu, quêtes secondaires de qualité |
| Conduite | Flottante, sans poids | Améliorée, jouable |
| Contenu principal | ~30h | ~60h (avec DLC) |
| Optimisation PC | Très mauvaise | Bonne, avec quelques chutes |
Tableau comparatif : durée de vie par profil
| Profil de joueur | Durée estimée |
|---|---|
| Histoire principale uniquement | 25-30h |
| Histoire + quêtes secondaires | 50-60h |
| Complétionniste (100%) | 100-120h |
| Avec Phantom Liberty | +15-20h |



