Il y a un moment, dans Avowed, où l'on se tient au sommet d'une falaise de grès rouge, les yeux braqués sur un temple flottant hérissé de cristaux. La carte est ouverte. Le vent soulève la poussière. Le ciel a des teintes de coucher de soleil permanent. Et l'on se prend à penser : "Ça, c'est du jeu Obsidian." Puis on descend, on tombe sur un marqueur de quête, on suit le chemin balisé, et on se souvient que le studio californien n'a jamais vraiment eu les moyens de ses ambitions.
Avowed, c'est l'histoire d'un paradoxe. Annoncé en 2020 comme une exclusivité Xbox Series X, le jeu a longtemps fait figure de grand projet RPG du studio, celui qui devait enfin lui offrir une place dans la cour des AAA. Mais à mesure que les années passaient et que les reports s'accumulaient, une question grandissait : Obsidian allait-il sacrifier sa patte — cette écriture ciselée, ces systèmes qui se mordent la queue — sur l'autel du grand public ?
Après une trentaine d'heures passées dans les Terres Vivantes, on peut répondre : oui et non. Et c'est bien là le problème.
En bref
- Un monde magnifique, mais pas si ouvert que ça : la carte est découpée en zones semi-ouvertes, à la manière de The Outer Worlds. Chaque zone regorge de secrets, mais les temps de chargement entre elles coupent le rythme.
- Un système de combat hybride : magie, mélée et distance se combinent avec une liberté rafraîchissante, mais le game feel manque de poids. Les ennemis ne réagissent pas toujours comme on l'espère.
- Une écriture Obsidian, mais en mode mineur : les dialogues sont bien écrits, les choix ont des conséquences, mais on est loin de la densité narrative de Pillars of Eternity ou de Pentiment.
- Une direction artistique superbe : le style peinture à l'huile des Terres Vivantes est un régal pour les yeux, porté par un level design vertical qui récompense l'exploration.
- Des performances correctes : 60 fps stables sur Xbox Series X (en mode performance), quelques chutes sur les zones les plus denses. Rien de rédhibitoire.
- Un bestiaire limité : on affronte les mêmes types d'ennemis encore et encore, et la variété des boss est quasi inexistante.

Obsidian face au mur du AAA

On ne va pas se mentir : Avowed sent le projet sous-dimensionné. Pas dans son exécution — le jeu tient la route, techniquement, artistiquement — mais dans son ambition. Là où un Skyrim ou un The Witcher 3 déploient des mondes sans couture, Obsidian a choisi la solution de la zone. Cinq zones, pour être précis, reliées par des écrans de chargement. Un choix compréhensible vu les ressources, mais qui place le jeu dans une position inconfortable : ni assez ouvert pour rivaliser avec les géants de l'open-world, ni assez linéaire pour offrir l'expérience taillée d'un CRPG.
Un héritage assumé… mais allégé
Les fans de Pillars of Eternity reconnaîtront les Terres Vivantes (Living Lands). Même univers, même lore riche en factions et en dieux capricieux. Mais là où le CRPG d'Obsidian déroulait des milliers de lignes de dialogues et des arbres de quêtes tentaculaires, Avowed simplifie. Les dialogues sont plus courts, les choix moins nombreux, l'impact des décisions souvent cantonné à une variation de récompense ou une ligne de texte. On sent que le studio a voulu s'adresser à un public plus large, et on ne peut pas lui en vouloir. Mais le cœur de l'écriture Obsidian, cette capacité à créer des dilemmes moraux qui vous taraudent des heures après avoir éteint la console, est dilué.
"On voulait que chaque quête raconte une histoire, même les plus petites. Mais on devait aussi que les joueurs puissent avancer sans lire un roman à chaque étape." — Carrie Patel, directrice narrative, interview Xbox Wire, 2024
Cette citation résume le dilemme d'Avowed : comment garder l'âme d'un RPG profond tout en étant accessible ? La réponse d'Obsidian, c'est un jeu qui fait beaucoup de choses bien, mais rien d'extraordinaire.
Gameplay : la liberté, mais pas trop
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Le système de combat est probablement ce qu'Avowed fait de mieux. On peut incarner un mage pur, un guerrier lourd, un archer furtif, ou n'importe quel hybride. La magie est particulièrement satisfaisante : les sorts de glace gelent les ennemis, ceux de feu les enflamment, et la combinaison des éléments (geler puis briser, enflammer puis disperser) ajoute une couche tactique bienvenue. Le game feel reste perfectible : les coups portés manquent de poids, et les ennemis ont une fâcheuse tendance à absorber les dégâts sans réaction visible. Mais dans l'ensemble, le combat loop fonctionne, surtout à mi-parcours quand on débloque suffisamment de compétences pour expérimenter.
La verticalité comme signature
Le level design est le vrai héros du jeu. Chaque zone est truffée de chemins de traverse, de grottes cachées, de plates-formes instables qui mènent à des coffres bien garnis. L'exploration est gratifiante, et on passe autant de temps hors des sentiers battus que sur la quête principale. Un choix assumé qui rappelle les Metroidvania plus que les RPG occidentaux classiques. Dommage que la mini-carte soit quasi inutile et que le marqueur de quête soit parfois capricieux.
Un bestiaire qui lasse
Le plus gros point faible du gameplay, c'est la répétitivité des ennemis. Vous allez croiser des sangliers, des squelettes, des golems de cristal, et quelques créatures volantes. Et c'est à peu près tout. Les boss sont rares et peu mémorables : on aurait aimé un affrontement qui fasse date, à la manière d'un Shadow of the Colossus ou même d'un Dark Souls mineur. Ici, les rencontres marquantes se comptent sur les doigts d'une main.
Technique : le moteur Unreal Engine 5 à l'épreuve
Avowed tourne sous Unreal Engine 5, et ça se voit. Les éclairages dynamiques, les matériaux nanite, les reflets en temps réel : le jeu est magnifique, surtout sur les plans larges. Le style artistique — un mélange de peinture à l'huile et de fantasy exubérante — donne une identité visuelle forte. Les performances sont bonnes : 60 fps stables sur Xbox Series X en mode performance, 30 fps en mode qualité avec un léger boost de résolution. Sur PC, le jeu est bien optimisé, mais les configurations haut de gamme sont nécessaires pour profiter du ray tracing.

Des bugs, mais pas de désastre
On a croisé quelques bugs : un PNJ qui traversait le décor, une quête qui refusait de se valider, un écran noir au chargement. Rien de rédhibitoire, mais assez pour rappeler que le jeu a été repoussé deux fois (initialement prévu pour 2024, sorti en février 2026). Le patch day one corrige l'essentiel, mais on attend encore quelques correctifs.
Scénario : un lore riche, une narration timide
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L'univers des Terres Vivantes est fascinant. C'est une contrée instable, où la magie déforme la réalité, où les factions se déchirent pour le contrôle de ressources rares. Le joueur incarne un envoyé de l'empire Aedyrien, chargé d'enquêter sur une peste mystérieuse. L'intrigue principale est solide, mais elle manque de moments vraiment marquants. On est dans un RPG où les quêtes secondaires sont souvent plus intéressantes que la trame centrale, signe que le studio maîtrise mieux l'écriture de ses microcosmes que le grand récit.
Notre analyse
Avowed est un bon jeu, mais il aurait pu être grand. Obsidian a fait des choix pragmatiques : réduire la voilure sur la narration pour se concentrer sur l'exploration et le combat. C'est compréhensible, mais on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'aurait été le jeu avec le budget d'un Starfield ou l'ambition d'un Baldur's Gate 3. Le studio a prouvé par le passé qu'il savait écrire des histoires qui comptent. Ici, il écrit une histoire qui se lit, mais qui ne reste pas.

Les choix qui fâchent
Factions : un système trop sage
Les factions sont au nombre de quatre : les Aedyriens (l'empire), les Natifs (rebelles), les Marchands (neutres intéressés) et les Érudits (chercheurs de vérité). Le jeu vous encourage à choisir un camp, mais les conséquences sont rarement dramatiques. On aurait aimé un système à la New Vegas, où chaque choix ferme des pans entiers du jeu. Ici, on peut jouer les quatre camps simultanément sans trop de friction.
La durée de vie : honnête sans plus
Comptez une trentaine d'heures pour la quête principale, une soixantaine pour le 100%. C'est correct, mais en deçà des standards du genre. Les CRPG d'Obsidian dépassaient souvent les 80 heures. Là, on sent que le contenu a été taillé pour correspondre à un rythme plus moderne, plus nerveux. Tant mieux pour ceux qui n'ont pas 200 heures à investir, mais les amateurs de RPG denses resteront sur leur faim.

Tableau comparatif : Avowed face à ses concurrents
| Critère | Avowed | Skyrim (2011) | The Outer Worlds (2019) |
|---|---|---|---|
| Structure du monde | Zones semi-ouvertes | Monde ouvert continu | Zones semi-ouvertes |
| Durée de vie (100%) | ~60h | ~200h | ~50h |
| Système de combat | Hybride magie/mêlée/distance | Mêlée/magie/arc | Tir/mêlée/compétences |
| Qualité d'écriture | Bonne | Bonne | Très bonne |
| Liberté de choix | Moyenne | Très élevée | Élevée |
| Direction artistique | Excellente | Bonne | Bonne |
| Performances (Xbox Series X) | 60 fps stables | 30 fps (remaster) | 60 fps |

Avowed vs Pillars of Eternity : deux visions du même univers
| Aspect | Pillars of Eternity II | Avowed |
|---|---|---|
| Genre | CRPG isométrique | RPG d'action FPS |
| Narration | Très dense, arbres de dialogues complexes | Allégée, dialogues plus directs |
| Système de jeu | Tour par tour / temps réel avec pause | Action en temps réel |
| Exploration | Cartes 2D statiques | Environnements 3D verticaux |
| Public | Niche (fans de CRPG) | Grand public |
"On voulait faire un jeu qui parle à la fois aux fans de Pillars et à ceux qui n'ont jamais touché à un CRPG. C'est un équilibre délicat." — Adam Brennecke, directeur technique, interview Xbox Wire, 2025

Notre verdict
Avowed est un bon RPG, mais un bon RPG d'Obsidian, c'est un peu comme une bonne pizza : même quand elle est moyenne, elle reste meilleure que la concurrence. Le problème, c'est qu'on attendait une pizza gastronomique, et on a une pizza de chaîne correcte. Les ingrédients sont là — monde magnifique, combats plaisants, écriture solide — mais l'ensemble manque de cette étincelle qui fait les grands jeux. Si vous aimez l'exploration et les univers fantasy, vous y passerez un très bon moment. Si vous cherchez un RPG qui vous fera réfléchir, douter, et revenir des années plus tard, repassez plus tard.

Conclusion
Obsidian a livré un jeu solide, mais pas le chef-d'œuvre espéré. Avowed est un RPG qui fait honnêtement son travail : il divertit, il surprend parfois, mais il ne marque pas. Dans un paysage où Baldur's Gate 3 a redéfini les standards du genre, et où Elder Scrolls VI se profile à l'horizon, Avowed risque de passer inaperçu. Et c'est dommage, car il y a dans ses Terres Vivantes assez de beauté et d'idées pour mériter mieux qu'un simple "bon jeu".
Mais après tout, c'est peut-être ça, la malédiction d'Obsidian : faire de très bons jeux qui auraient pu être géniaux si le monde avait été juste.




