Décembre 2018. Le monde du jeu vidéo retient son souffle. On sort à peine de la tornade Red Dead Redemption 2 et God of War que déjà une autre ombre gigantesque se profile. Masahiro Sakurai, ce perfectionniste à la mèche blanche, s'apprête à livrer ce qui pourrait être son dernier Smash. Le pari est simple, presque arrogant : TOUS les personnages de l'histoire de la série, réunis dans un seul et même jeu. Pas de roster coupé, pas d'absent historique. Tous. Et en prime, des invités qui font trembler l'industrie : Solid Snake qui revient, Simon Belmont qui débarque, et surtout... Joker de Persona 5, Banjo-Kazooie, Steve de Minecraft. Chaque annonce de combattant DLC a été un événement planétaire, brisant les serveurs de Nintendo et enflammant les réseaux sociaux. Sept ans plus tard, Super Smash Bros. Ultimate trône toujours sur son piédestal. Mais que reste-t-il vraiment de ce monstre sacré en 2026 ? Est-il encore pertinent, ou bien la machine à souvenirs commence-t-elle à s'enrayer ? On rembobine la cassette.
En bref
Pour aller plus loin, retrouve toute notre couverture sur Super Smash Bros. Ultimate.
- Date de sortie : 7 décembre 2018 (Nintendo Switch)
- Ventes : 34,22 millions d'unités (au 30 septembre 2025, selon Nintendo)
- Roster : 74 combattants de base + 13 DLC = 87 personnages jouables (sans compter les echo fighters)
- Notes critiques d'époque : 93/100 (source : Metacritic, agrégateur interne)
- Statut culturel actuel : toujours joué en compétition (Genesis, EVO), communauté moddeuse active, mais plus de contenu officiel depuis le dernier patch 13.0.1 en décembre 2021

Le pari de l'époque
Rappelez-vous. En 2018, la Nintendo Switch est en pleine ascension. Zelda: Breath of the Wild a déjà conquis le monde, Mario Odyssey cartonne, et la console hybride de Nintendo est sur le point de dépasser les 100 millions d'unités. Mais la saga Smash, elle, sort d'une Wii U moribonde (13,56 millions de Smash 4 sur Wii U, contre 15 millions sur 3DS). L'échec commercial de la console a écorné le prestige de la série. Il faut un coup d'éclat.
Sakurai l'a compris. Il ne propose pas une suite, il propose une apothéose. Le sous-titre "Ultimate" n'est pas du marketing : c'est une promesse. Chaque combattant ayant jamais existé dans un Smash est présent, des 12 originaux de la Nintendo 64 aux newcomers de la Wii U. Même les clones, les "echo fighters", sont là. Le mode Spirit remplace le classique mode Histoire (Subspace Emissary), offrant des centaines de défis avec des personnages secondaires de tout l'univers Nintendo (et au-delà). C'est un coffre aux trésors grand comme une bibliothèque.

Ce qui a marché
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Le gameplay, d'abord. Smash Ultimate a affiné la formule de Smash 4 en accélérant le rythme, réduisant les temps de récupération et ajoutant le Directional Air Dodge (permettant d'esquiver dans toutes les directions en l'air). Résultat : un jeu plus nerveux, plus spectaculaire, qui a immédiatement séduit les pros comme les casuals. Les tournois ont explosé : l'EVO 2019 a rassemblé 3 534 participants sur Smash Ultimate, un record pour la série.
Le roster, évidemment. Chaque personnage a sa propre personnalité, son propre moveset, ses propres animations. Les fans ont pu incarner leurs rêves les plus fous : voir Ridley enfin jouable, King K. Rool faire son grand retour, Sephiroth planter son Masamune dans le sol. Les DLC ont été gérés de main de maître : 2 Fighters Pass, 13 combattants au total, chacun accompagné d'un stage, de musiques et d'esprits. Le dernier, Sora de Kingdom Hearts, a été une conclusion parfaite et émouvante, couronnant une décennie de crossovers.
Le contenu solo. Le mode World of Light propose une immense carte à explorer, des centaines de combats à thème, et une narration qui, sans être un chef-d'œuvre, justifie amplement les 30 heures de jeu. Ajoutez à cela les classiques Classic Mode (un par personnage, avec une cutscene de fin unique), les événements en ligne réguliers, et le Training Mode ultra-complet.

Ce qui a vieilli
Le netcode. C'est le point faible le plus criant. En 2018, le delay-based netcode était la norme, même si des concurrents comme Rivals of Aether ou Brawlhalla commençaient à passer au rollback. En 2026, l'absence de rollback netcode est un handicap majeur. Jouer en ligne contre un adversaire distant, c'est subir une latence perceptible, des téléportations, des frustrations. La communauté a dû se tourner vers des solutions tierces (Slippi pour Melee, mais rien d'officiel pour Ultimate). Nintendo a promis des améliorations, mais le mal est fait.
La gestion des DLC. Si les combattants sont excellents, le contenu additionnel est devenu très cher : 2 Fighters Pass à 24,99 € chacun, soit 50 € pour 13 personnages, plus les Mii Costumes. Pour un jeu déjà à 59,99 €, la facture monte vite. Et contrairement à Fortnite ou Apex, pas de monnaie virtuelle gagnable en jouant : tout est à l'achat direct.
*Le mode Spirit a mal vieilli. Avec des centaines d'esprits à collectionner, le système est devenu une corvée pour les complétistes. Les combats Spirit Board sont répétitifs, et les Spirit Teams en ligne sont désertes. Un mode Tournoi* plus poussé ou un vrai mode histoire auraient été préférables.

L'héritage aujourd'hui
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Smash Ultimate a changé la donne pour Nintendo. Il a prouvé que la firme japonaise pouvait encore créer des jeux de combat compétitifs, modernes, et fédérateurs. Il a également lancé une nouvelle vague de crossovers : Nickelodeon All-Star Brawl, Multiversus, Fraymakers, tous tentent de copier la formule, sans jamais égaler la qualité d'exécution.
Le jeu est toujours actif en compétition. Genesis (tournoi majeur californien) continue d'attirer des milliers de participants. Les EVO (Championnat du monde de jeux de combat) l'ont inclus jusqu'en 2023, avant qu'il ne soit remplacé par Street Fighter 6 et Guilty Gear Strive, mais il reste un pilier des majors communautaires. Les streams de Mkleo, Sparg0, Tweek ou Glutonny (meilleur joueur européen, champion de France) drainent des centaines de milliers de viewers.

Pourquoi y revenir en 2026
Parce que rien d'autre n'offre la même expérience. Multiversus a fermé ses serveurs en 2023 avant de revenir, mais sa communauté est bien moindre. Brawlhalla est toujours là, gratuit, avec son netcode performant, mais son gameplay plus rigide et son style graphique moins séduisant ne font pas le poids. Nickelodeon All-Star Brawl 2 est un bon jeu, mais son roster et sa finition restent en deçà.
Smash Ultimate, c'est la promesse tenue : tous les héros du jeu vidéo réunis dans une arène, avec des règles claires, un gameplay profond et une direction artistique irréprochable. En 2026, on peut encore y passer des heures en local entre potes, en ligne (malgré le netcode), ou à débloquer des esprits. La communauté moddeuse a même créé des patchs d'équilibrage non officiels et des stages customs qui prolongent la durée de vie.
| Aspect | En 2018 | En 2026 |
|---|---|---|
| Graphismes | 1080p docké, 720p portable, 60 fps constants | Toujours solides, mais datés face à Tekken 8 ou Street Fighter 6 |
| Ventes | 12 millions après 1 mois | 34,22 millions (cumulées) |
| Communauté | 3 534 participants EVO 2019 | 1 500-2 000 participants aux majors, en baisse mais stable |
| Prix | 59,99 € (neuf) | 40-50 € (neuf), 20-30 € (occasion) |
L'avis du rédacteur
J'ai 2 000 heures de jeu. J'ai participé à des tournois locaux, j'ai regardé chaque EVO, j'ai pleuré quand Sora est arrivé. Smash Ultimate est le meilleur jeu de combat jamais créé pour le grand public. Pas le plus technique, pas le plus équilibré (Melee le reste sur ces points), mais le plus généreux. Il donne tout, sans compter. Son seul vrai défaut, c'est ce netcode à la ramasse. Mais en 2026, avec un bon adaptateur Ethernet et des amis en local, il reste une expérience inégalable.

Conclusion
Smash Ultimate est un aboutissement. Un point final à une saga commencée en 1999 sur Nintendo 64. Sakurai a dit adieu à la série, et Nintendo n'a pas annoncé de suite. Peut-être n'y en aura-t-il jamais ? Ou peut-être que le prochain Smash, sur la Switch 2, repartira de zéro, avec un nouveau moteur, un netcode moderne, et un roster plus restreint. En attendant, Ultimate reste le roi. Le jeu qui a rassemblé toutes les générations, toutes les licences, tous les joueurs. Et ça, personne ne pourra nous l'enlever.




